Amazon a-t-il tué le Virgin Megastore?

De nombreux éditorialistes ont publié des éditos regrettant la mort du Virgin Megastore. Il y a 20 ans, lors de la création du Virgin Megastore, personne n'aurait imaginé une telle compassion. A l'époque, le méchant, c'était lui qui allait (et a effectivement) tuer les petits disquaires. On accuse Amazon d'avoir tué le Virgin et on le regrette.

Ces analyses sont symptomatiques d'une société qui s'appuie sur un postulat erroné, qui est que l'économie est une "chose" stable. Les 3 siècles qui ont précédé l'ecommerce et Amazon prouvent pourtant le contraire. Les entreprises n'ont de raison d'être que si elles satisfont les besoins des clients à un moment donné. Si elles ne suivent pas les consommateurs, elles meurent car elles cessent de satisfaire leur raison d'être.

Les larmes qui sont versés sur le Virgin Mégastore n'a de sens que pour une catégorie bien précise de personnes. Pour ceux qui ont 15 ans aujourd'hui, la mort du Virgin Megastore ne signifie rien. Pour ceux qui ont 75 ans aujourd'hui et qui ne font pas la différence entre Virgin et Amazon (deux enseignes anglosaxxonnes qui vendent de la musique pour ceux qui étaient jeuns dans les années 90 et qui ont toutes les deux contribué à la disparition des libraires et disquaires de leur enfance), cela ne signifie rien non plus. Elle ne signifie meme rien  pour ceux qui ont l'âge des éditorialistes qui portent le deuil du Megastore, mais qui n'ont jamais adhéré à la culture de la consommation ou la consommation de culture à la mode Virgin qui n'était rien d'autre qu'un supermarché spécialisé dans les CD, les jeux vidéos et  les DVD).

Virigin Megastore, version 1995 est mort simplement parce que la roue tourne et que rien ne dure. Pour durer 30 ans, 60 ans, 100 ans, une société doit se renouveler, investir de nouveaux marchés, etc... Savez-vous que Nintendo est une société qui s'est contenté de vendre des cartes à jouer durant 60 ans, avant que le petit fils du fondateur n'investisse dans la gestion de compagnies de taxi, de chaines d'hotels, la distribution de riz et finalement des jouets juste avant d'entrer sur le marché des jeux vidéo dans les années 1970 ? Toutes les grandes entreprises centenaires ont un parcours similaire, fait de renouvellements, d'abandons, de détection d'opportunités.

C'est le cas aussi pour les toutes petites entreprises, dont les fondateurs, s'ils ont de la chance, parviennent à vivre 10 ans de leur premiere idée fondatrice, mais qui s'ils ne sont pas capable d'avoir une deuxième "bonne idée" par la suite, sont souvent condamnés au déclin car en dehors de la boulangerie, du droit et de la médecine, rares sont les secteurs dans lesquels on peut espérer créer une entreprise qui dure 50 ans. Cela n'a jamais existé, même au "bon vieux temps"...

Virgin est morte car elle n'a pas pu se renouveler. Je souligne pas pu, car rien n'est plus difficile pour une entreprise que de se réinventer.

Virgin était objectivement peu efficace sur internet bien que présente depuis très longtemps (2002) en ecommerce, car l'ecommerce un vrai métier difficile, exigeant et qui demande de très fortes compétences. La plupart des entreprises traditionnelles ne seront jamais "bonnes" en ecommerce car elles sous estiment le niveau d'exigence du secteur et pensent qu'elles peuvent y aller à la marge. Autant elles comprendraient bien que des acteurs de l'ecommerce ne pourraient s'improviser "commerçants traditionnels", autant le passage inverse leur parait naturel.

L'ecommerce repose sur des modèles, des clients, des dynamiques commerciales totalement différents.

On peut mette en cause les consommateurs et leur dire qu'ils ont tort de vouloir acheter moins cher et de ne plus vouloir aller dans les Fnac et Virgin Megastore, les consommateurs y vont moins parce que le client n'est souvent qu'un numéro, que les vendeurs ne sont pas très disponibles et très calés sur leur sujet. Si la FNAC réalise la synthèse entre le meilleur d'internet et le meilleur traditionnel, abandonne certains segments de marchés pour se concentrer sur ceux qui ont le plus d'avenir, elle a de fortes chances d'être encore là dans 30 ans. Tout est affaire d'opportunisme.

Enfin, pour en terminer avec le sujet Megastore, j'aurais tendance a dire que même pour quelqu'un qui aime la culture et les produits culturels ne devrait pas s’apitoyer sur la mort de l'enseigne Virgin. Sur la mort des petits disquaires il y a 20 Ans, oui, car ils étaient parfois passionnés et de bon conseil. Sur la mort des "petits chanteurs" que  Virgin refusait de distribuer, oui, mais pas sur Virgin Megastore, qui s'est développé en lançant un nouveau concept adapté à une époque, mais qui n'a pas su se réinventer pour satisfaire les besoins d'une autre époque.

Intuitions

Gamification

Le jeu video risque d'envahir durablement le monde du marketing et de l'éducation.

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